Coupes sélectives

L’effondrement de la demande du papier graphique (Papier graphique n°3)

19 August 2014

Dans l’article précédent, nous avons examiné les changements techniques qui ont permis aux technologies des communications électroniques/Web de supplanter le papier graphique. Étant donné la grande importance pour les journaux de mettre en rapport des vendeurs et des acheteurs (par le biais de la publicité) et des services de divertissement/d’information, on pourrait s’attendre à ce que le secteur du papier journal soit le premier à en être touché. C’est en effet ce que nous constatons : entre 2000 et 2012, la demande nord-américaine de papier journal a baissé de plus de 65 %. Au cours de cette période, la demande du papier de pâte maigre non couché (uncoated freesheet ou UFS) a baissé de 39 %, ce qui est beaucoup moindre que pour le papier journal. Cependant, le papier à copies ne fait pas concurrence aux médias électroniques à la fois dans les secteurs de la coordination du marché et de l’information/du divertissement; il fait avant tout concurrence aux médias électroniques dans le secteur de l’information. Ainsi, même s’il y a un déclin rapide, il n’est pas aussi rapide. Comme on pouvait s’y attendre, étant donné que tous les types de papiers couchés et le papier de pâte mécanique non couché (uncoated groundwood ou UGW) sont fortement utilisés dans les segments de marché des revues et des catalogues, leur demande a presque autant diminué depuis 2000 : 32 % et 33 %, respectivement. Soulignons cependant que la demande pour ces catégories de papier était en hausse jusqu’en 2007, et que par la suite, elle a chuté de façon radicale. Jusqu’à ce moment-là, la qualité des graphiques dans les revues était de loin supérieure à celle offerte dans les appareils électroniques portables (tels que les téléphones intelligents). Depuis 2007, cet avantage des médias imprimées traditionnelles est perdu.

Quel effet cet effondrement a-t-il eu sur la production nationale?

Volume de production de papier graphique aux Canada et aux États-Unis (2000-2012)
  Canada É.-U.
Papier journal -58 % -57 %
UGW -37 % -12 %
UFS -55 % -35 %
Papier couché -67 % -26 %

Dans l’ensemble, la production de papier graphique a reculé de 54 % au Canada et de 36 % aux États-Unis. Ce recul dans le secteur le plus touché est essentiellement le même pour le Canada et les États-Unis : entre 2000 et 2012, la production de papier journal a chuté de 58 % au Canada et de 57 % aux États-Unis. Pour chacune des autres catégories de papier graphique, le recul est bien plus important au Canada qu’aux États-Unis. Deux facteurs expliquent cela. Premièrement, les coûts de transport et de transaction sont moins élevés pour les producteurs américains de papier graphique que pour les producteurs canadiens même si leurs coûts de production sont semblables, et ce, en raison de la proximité aux consommateurs (étant donné que le marché américain a 10 fois la taille du marché canadien), si bien que leurs usines sont légèrement (mais de façon importante) plus rentables. Deuxièmement, tout à fait par hasard, ce déclin avait lieu à une époque où le dollar canadien gagnait en force par rapport au dollar américain. Ce taux de change a eu pour effet d’accroître de 50 % les coûts de production canadiens par rapport à ceux des États-Unis même si la demande était en déclin, aggravant l’incidence relative sur les producteurs canadiens. Toutefois, étant donné que les secteurs américains du papier couché et du papier de pâte maigre non couché étaient chacun environ 10 fois plus grands que leurs homologues canadiens, le nombre en chiffres absolus de fermetures aux États-Unis était plus de deux fois plus grand que celui du Canada, sauf dans le secteur du papier journal. Outre le secteur du papier journal, et bien que le Canada ait subi relativement plus de fermetures, ce sont les États-Unis qui ont subi en chiffres absolus le plus de fermetures.

Nous sommes maintenant passés du passé au présent. Dans notre prochain (et dernier!) article, nous nous pencherons sur l’avenir du secteur du papier graphique.