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Histoire du secteur forestier canadien (article 2) : L’âge de la vapeur (1830-1880)

20 February 2014

Le présent article est le deuxième d’une série de cinq articles sur l’histoire du secteur forestier au Canada du 17e au 20e siècle (voir aussi les articles 1, 3, 4 et 5).

L’adoption de plus en plus répandue de la vapeur a eu deux répercussions importantes sur le secteur forestier. D’abord, la vapeur a remplacé l’énergie hydraulique dans les scieries et les a ainsi rendues plus efficaces. Ensuite, les chemins de fer à vapeur ont libéré les transports de leur assujettissement aux voies navigables établies, ce qui a rendu possible le développement de terres forestières inaccessibles jusque-là.

Bois d'œuvre : En remplaçant l’énergie hydraulique dans les scieries, la vapeur a augmenté leur capacité, prolongé la saison de leur exploitation et réduit la dépendance de l’industrie à l’égard des rivières pour le transport du bois. Mais elle n’a pas changé la tendance de l’exploitation forestière d’hiver. Un autre développement important a été la prolifération des scieries le long des voies ferrées qui se prolongeaient dans le Bouclier canadien, vers le nord. La production canadienne de bois a commencé à se déplacer vers l’ouest.

Au début du 19e siècle, le volume des exportations de bois d’œuvre, d’abord vers la Grande-Bretagne puis vers les États-Unis, a augmenté de façon spectaculaire. Le commerce intérieur entre les deux Canadas se développait lui aussi. Le commerce avec les États-Unis, favorisé par la construction de nouvelles voies ferrées et de nouveaux canaux, s’est développé encore plus au cours de la période de la Réciprocité (1846-1897, signature du traité en 1854). Dans les années 1850, le commerce du bois avec la Grande-Bretagne était en déclin. Le bois d’œuvre illustre d’une manière frappante la rapidité avec laquelle les exportateurs ont délaissé la Grande-Bretagne en faveur des États-Unis : après le début du commerce avec les États-Unis à la fin des années 1840, ceux-ci avaient dépassé la Grande-Bretagne comme destination principale des expéditions de bois d’œuvre dans les années 1860 (voir le graphique ci-dessous). Cependant, ce n’est qu’en 1905, lorsque les importations ont atteint environ 18 millions de dollars, que les États-Unis sont devenus la destination de plus de la moitié des exportations de tous les types de produits forestiers canadiens.

Exportations canadiennes de bois d’œuvre (en milliers de pieds-planche)

Ce graphique linéaire montre comment les exportations de bois d’œuvre vers la Grande-Bretagne ont atteint leur maximum vers le milieu du 20e siècle avant de diminuer graduellement tandis que les exportations de bois d’œuvre vers les États-Unis ont augmenté rapidement au milieu du siècle pour en faire la destination principale des exportations canadiennes de bois d’œuvre.

Industries papetières : Pendant plusieurs siècles, la source traditionnelle de la fibre de cellulose pour la fabrication du papier a été les chiffons de coton et de lin. Le véritable potentiel d’une industrie canadienne des pâtes et papiers fondée sur une vaste ressource forestière n’a commencé à être réalisé qu’après la découverte (par l’Allemand Friedrich Keller en 1843) du moyen de fabriquer du papier à partir du bois et les premières usines de pâte mécanique de défibreur sont apparues au Canada en 1869. La première usine de pâte chimique d’Amérique du Nord a été construite à Windsor Mills au Québec en 1864. La pâte de bois a ensuite remplacé peu à peu la pâte de chiffon pour la plupart des usages et l’époque moderne de la fabrication du papier a commencé.

La fin de la période de 1830 à 1880 a été marquée pour le Canada par des difficultés économiques entraînées par la dépression mondiale des années 1870. Cette période a été suivie au début des années 1890 d’une autre dépression caractérisée par un ralentissement à long terme en Grande-Bretagne (le principal marché d’exportation du Canada) et la prise de solides mesures protectionnistes par les États-Unis (le second marché d’exportation en importance du Canada).