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Enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance : Quand faire affaire est synonyme de faire de bonnes actions

27 August 2013

C’est aux plans environnemental, social et de gouvernance (ESG) que l’on juge le caractère éthique et le rendement en matière de durabilité d’une entreprise ou d’un investissement. Les entreprises qui adoptent des stratégies ESG peuvent être motivées par des considérations éthiques. Toutefois, pour les entreprises cotées en bourse, ce qu’elles visent le plus souvent c’est 1) de rendre leurs marchandises ou produits plus attrayants aux yeux des clients qui ont un réel souci pour l’éthique, 2) de gagner du terrain en obtenant un « permis social » d’exploiter, ou 3) de voir un rendement direct de leurs investissements par des gains de productivité ou par le biais de contrats sociaux/ des ressources humaines. Bref, les facteurs ESG influent sur la capacité d’une entreprise de réaliser des profits.

Les indices boursiers confirment l’existence d’un lien entre les considérations ESG et la réussite financière, compte tenu que les entreprises qui forment l’indice de durabilité du Dow Jones affichent généralement un rendement des actions supérieur (Robinson et coll., 2011), et que, entre 2007 et 2012, le rendement des entreprises qui constituaient l’indice de durabilité Goldman Sach (GS SUSTAIN [en anglais seulement]) a dépassé de plus de 40 % celui d’un indice boursier de référence mondiale (MSCI). Si faire de bonnes actions suffit pour garantir un meilleur rendement des investissements, pourquoi est-ce que ce ne sont pas toutes les entreprises qui poursuivent des objectifs ESG?

On peut peut-être répondre à la question en examinant les entreprises orientées vers des buts ESG qui connaissent du succès, ce qui pourrait apporter un éclairage sur la relation entre les considérations ESG et la réussite financière. Ces entreprises sont en général grandes et axées sur la bonne gouvernance. La bonne gouvernance, qui désigne les entreprises qui sont bien gérées au plan structurel, est définie comme étant notamment la gestion des risques fiduciaires, opérationnels, réglementaires, de réputation, de hausse et de perte. Les petites entreprises sont plus susceptibles de mener des activités environnementales et sociales pour des raisons d’ordre éthique, mais pour les grandes entreprises, c’est le facteur « gouvernance » qui les incite généralement à entreprendre ce genre d’activités, ce qui se traduit par un bon rendement  financier (méta-étude de la Deutsche Bank, 2012 [en anglais seulement]). Un bon modèle d’affaires est un enjeu ESG essentiel que surveillent désormais de près les grands courtiers en placements :

Étude sur les investissements d’UBS : « À notre avis, les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ne sont pas différents des nombreux autres enjeux qui sont pris en compte dans les études sur les investissements et qui sont considérés comme étant de nature financière.

Étude sur les investissements mondiaux de Goldman Sachs : « Il sera de plus en plus difficile d’assurer le leadership de l’industrie ainsi que le rendement financier dans l’avenir sans une gestion efficace des enjeux ESG et des efforts de mobilisation. »

Recherche internationale HSBC [en anglais seulement]: « … sans doute les investisseurs commenceron-ilst à se préoccuper davantage des enjeux ESG au moment de prendre des décisions. Cela peut vouloir dire que les entreprises qui divulguent leur information ayant trait aux facteurs ESG et qui ont des pratiques très rigoureuses seront plus performantes. »

La grande mobilité du capital à une époque où la technologie de l’information a changé la vitesse à laquelle les activités commerciales ont lieu, et leur portée, apporte non seulement de nouvelles structures aux niveaux du marché, de l’industrie et des entreprises, mais aussi elle change le rôle et le pouvoir des consommateurs (Porter et Kramer 2011, Goldman and Sachs 2012: investing in a changing world [en anglais seulement]). L’émergence des initiatives environnementales et sociales est signe d’un nouveau modèle d’affaires adapté au nouveau contexte commercial où le secteur financier voit son influence s’accroître. Les plus grandes entreprises soucieuses des enjeux ESG ne prospèrent pas parce qu’elles font de bonnes affaires, mais parce qu’elles font de bonnes actions, lesquelles font partie de leur stratégie de réussite.

ROBINSON, M., Kleffner, A. et Bertels, S. « Signaling Sustainability Leadership: Empirical Evidence of the Value of DJSI Membership », Journal of Business Ethics, 101(2011), p. 493-505.
PORTER, M. et M. Kramer. « Creating Shared Value », Harvard Business Review, (janvier-février 2011), p. 62-79.