Coupes sélectives

Les marges d’exploitation du bois brut et des produits de consommation – et tout ce qu’il y a entre

26 August 2013

La théorie de la chaîne des produits porte à croire qu’il y a trois types généraux de produits dans la chaîne de fabrication des produits forestiers et que chacun a sa propre place bien définie sur le marché. Il y a d’abord la ressource qui consiste en des terres forestières (privées) et des billes vendues sur le marché. Ensuite, il y a les produits de base comme la pâte kraft blanchie de résineux du Nord, le papier journal et le bois d’œuvre. Troisièmement, il y a les biens de consommation comme les mouchoirs en papier et le papier peint.

Les producteurs de produits de base sont généralement considérés comme des preneurs de prix : leurs produits et ceux de leurs concurrents peuvent se substituer les uns aux autres et ils ne peuvent guère contrôler le coût des intrants associé à la fibre. Ceci tend à comprimer leurs marges d’exploitation et les oblige à adopter des stratégies de réduction des coûts pour accroître les bénéfices. À l’opposé, il est possible de donner une image de marque aux biens de consommation et de les distinguer de ceux des concurrents et les entreprises qui réussissent peuvent accroître leurs marges en s’appuyant sur les préférences des consommateurs et en haussant les prix. Les sociétés qui possèdent la ressource (ici, les billes) sont souvent en mesure de réaliser toute la valeur associée à la production des produits de base en laissant juste assez de valeur aux fabricants de produits de base pour leur permettre de produire suffisamment de rendement des capitaux engagés pour poursuivre l’exploitation.

Nous voulions comparer les rendements de ces trois groupes de produits; nous avons donc utilisé les bilans financiers de sociétés forestières cotées en bourse qui étaient en activité entre 1999 et 2012 pour calculer des marges d’exploitation moyennes (voir le graphique ci-dessous). Les données ne couvrent pas les sociétés de droit privé. La catégorie « Spécialité » comprend les produits fabriqués par la subdivision du processus de fabrication des pâtes et papiers comme le papier de spécialité, le papier d’emballage de spécialité, la cellulose de spécialité, les produits chimiques, etc. Comme certaines sociétés ne séparent pas leur production de pâte de leur production intégrée de papier, une catégorie « pâtes et papiers » a également été incluse. Intuitivement, on sait qu’elle se situe à mi-chemin entre les catégories des pâtes et papiers séparées. De même, les catégories « fabrication » et « bois en grume et produits du bois » se situent entre les catégories « bois en grume » et « bois d’œuvre »/« panneaux ».

Les segments à fortes marges d’exploitation (constamment au-dessus de 10 %) comprennent le papier mouchoir et le papier peint, mais aussi le bois en grume. Le papier, les produits de spécialité et les produits du bois ont produit régulièrement des marges de plus de 5 % au cours des treize dernières années. Une période de treize ans devrait normalement couvrir aisément un ou deux cycles économiques, mais l’effondrement du secteur américain de l’immobilier a été si prononcé et prolongé que le rendement du bois d’œuvre et des panneaux indiqué par ces données est assurément plus faible que celui auquel on pourrait s’attendre pour la suite. Le papier journal a produit les marges les plus faibles au cours des treize dernières années.

Rendements d’exploitation du secteur forestier le long de la chaîne de fabrication des produits forestiers

Ce diagramme à barres montre les rendements d’exploitation moyens des segments de l’industrie forestière entre 1999 et 2012 pour de grandes sociétés cotées en bourse. Les bonnes marges d’exploitation se situent aux deux extrémités de la chaîne de valeur forestière, près de la terre et près du consommateur, tandis que les marges des produits de base sont faibles.

Note : les lignes indiquent l’écart-type.

Ce qu’on voit tout de suite, c’est que les rendements les plus élevés se situent aux deux extrémités de la chaîne de valeur forestière. Posséder des terrains forestiers exploitables ou vendre du bois brut donne de bons rendements, tout comme le fait de fabriquer des produits de consommation. Cependant, la production des produits de base présente des rendements beaucoup plus faibles.

Ensuite, les marges d’exploitation des produits de base ont des écarts-types beaucoup plus élevés. Ces produits de base du secteur forestier sont fortement cycliques et les marges d’exploitation varient beaucoup d’une année à l’autre.

Ces résultats semblent corroborer nos réflexions sur le point où la valeur est réalisée dans la chaîne de valeur forestière. Bien sûr, ces résultats sont soumis aux nombreuses tendances structurelles et cycliques qui caractérisent notre industrie; ce ne sont donc pas ici que les considérations macroscopiques qui sont en jeu. Mais il est bon de voir qu’ici, au moins, les données paraissent confirmer la théorie économique.