R.
Smith, S. Cameron
Service canadien des forêts - Centre de foresterie de l’Atlantique
T. Beckley
Faculté de foresterie et de gestion de l’environnement,
Université du Nouveau-Brunswick
La forêt, c’est beaucoup plus que des arbres.
Les habitants des régions rurales des Maritimes sont tributaires de leurs forêts depuis des siècles. Le bois est souvent la première chose qui nous vient à l’esprit lorsque nous pensons à cette dépendance à l’égard des forêts. Par le passé, les produits forestiers servaient à construire des navires, à tanner les peaux et à fabriquer des douves. De nos jours, le bois est transformé en pâtes, en papiers, en sciages de dimensions courantes et en bois d’ingénierie. Toutefois, les arbres de la forêt représentent beaucoup plus que des réserves de « bois sur pied » et ne sont que l’un des nombreux éléments de la forêt.
Nos forêts peuvent fournir une variété pratiquement illimitée de produits forestiers non ligneux (PFNL). Ces produits ou d’autres produits potentiels comprennent entre autres, mais non pas exclusivement, le ginseng sauvage, les produits de l’érable (comme le sirop et les bonbons), les crosses de fougère, les couronnes de sapin baumier, le paclitaxel extrait de l’if du Canada (l’ingrédient actif du Taxol®, un médicament employé contre le cancer), les champignons comestibles et l’huile extraite des feuilles de thuya. Une liste exhaustive des usages possibles des plantes forestières serait beaucoup plus longue. Compte tenu de la diversité des produits potentiels, il est évident que personne, que ce soit un particulier, un groupe ou une organisation, n’a le monopole du savoir sur les PFNL, pas plus que les perspectives de gestion de ces produits, s’il y en a, sont les mêmes.
Il pourrait s’avérer difficile de favoriser l’échange d’information entre un groupe diversifié de partenaires intéressés aux PFNL « potentiels ». Il a donc été reconnu qu’un réseau réunissant des intervenants du secteur des PFNL pourrait aider à relever ce défi en matière de communication. Un premier pas dans cette direction a été fait en mars 2000, lorsque les responsables de la Forêt modèle de Fundy, le Programme forestier des Premières nations et le Service canadien des forêts ont coparrainé un atelier sur les PFNL. Des scientifiques du gouvernement, des entrepreneurs, des membres des Premières nations, des groupes sans but lucratif, des artisans, des travailleurs des services de vulgarisation, des cueilleurs et des conditionneurs y ont présenté des allocutions sur l’éthique des récoltes durables, les coopératives en tant que modèles pour l'expansion des entreprises, les aspects scientifiques de la durabilité et les différents contextes culturels dans lesquels ces produits sont utilisés. L'atelier avait pour objectif de sensibiliser les gens aux richesses des forêts de notre région et de faire connaître à un grand nombre de personnes la signification culturelle et le potentiel économique des PFNL. Quelque 125 personnes ont assisté à l'atelier de deux jours.
Notre objectif à long terme consiste à créer un réseau de personnes intéressées à divers aspects des produits forestiers non ligneux et possédant une expertise dans ce domaine. À notre avis, les entreprises de PFNL, même si elles ne seront jamais près d'égaler la contribution économique de l'industrie du bois d’œuvre, peuvent jouer un rôle important dans l'économie rurale des Maritimes. Notre réseau d'intervenants du secteur des PFNL est intéressé à soutenir les collectivités rurales des Maritimes, un ménage à la fois. Si, grâce à nos travaux, un seul ménage rural est soustrait à la pauvreté ou est en mesure de rester au sein de sa collectivité rurale plutôt que d'être forcé à devenir des « réfugiés économiques » urbains, nous estimerons que nos efforts auront été fructueux. Les entreprises de PFNL ne visent pas nécessairement à créer des emplois à temps plein, mais plutôt des débouchés saisonniers pour augmenter le revenu des ménages.
Nombreux sont ceux qui ne tiennent pas compte des possibilités à exploiter qu’offrent les PFNL. Toutefois, il est important de se rappeler que nombre d'industries, notamment celle du sirop ou de la sève d'érable, ainsi que celle du sapin baumier, tant les producteurs de couronnes que d’arbres de Noël, étaient à l’origine constituées d’entreprises artisanales qui formaient un élément des stratégies de subsistance des ménages ruraux. Pour certains, ces activités ont conservé ce caractère, mais il ne faut cependant pas oublier que ces secteurs d'activités ont connu une croissance telle qu'ils produisent des millions de dollars en recettes pour les résidents de cette région.
De nombreuses entreprises de PFNL exigent très peu d'investissement de capitaux. Il existe de nombreux débouchés pour les entreprises « artisanales » exploitant des boisés, et c'est pourquoi les Maritimes sont un emplacement de choix pour ces types d'entreprises. Le paysage forestier de cette région est peuplé. Les entreprises de PFNL exigent une main-d’œuvre peu spécialisée, mais elles peuvent stimuler l'entrepreneuriat et aider à l'acquisition de compétences en affaires.
Les produits forestiers non ligneux ont toujours été et continuent d'être une composante importante de la culture autochtone. Ils font non seulement partie des modes de vie « traditionnels » des Autochtones, mais ils demeurent essentiels et indispensables à la qualité de vie de bon nombre de membres des Premières nations.
À l’heure actuelle, il y a de graves lacunes dans nos connaissances sur les produits forestiers non ligneux. Il faut notamment recueillir des données sur les aspects suivants :