Aussi appellé : Bouleau blanc de montagne, bouleau à papier de montagne.
Habitat
On trouve le bouleau à feuilles cordées sur une grande variété de sols humides, modérément égouttés, et, habituellement mais pas exclusivement, sur les sommets les plus élevés et les faces nord des pentes. Dans le sud du Nouveau-Brunswick, le bouleau à feuilles cordées est très répandu à proximité des côtes de la baie de Fundy. Il croît en compagnie d’un grand nombre d’autres espèces mais, comme il ne supporte pas l’ombre, il occupe des positions dans la partie supérieure du couvert forestier.
Forme
La hauteur du bouleau à feuilles cordées peut atteindre
25 m et le diamètre de son tronc, 70 cm. Le houppier
est plutôt ovale, et les branches principales les plus basses
tendent à être plus horizontales qu’ascendantes.
Morphologie
Les feuilles sont caduques, simples et disposées en alternance le long des pousses longues; bien qu’alternées, elles apparaissent en paire sur la plupart des pousses courtes. Chaque feuille fait de 6 à 12 cm de longueur, est ovée, avec une courte pointe effilée, une base cordée (à indentation circulaire) et une bordure à doubles dentelures. Les surfaces supérieures des feuilles sont vert terne et dotées de minuscules glandes résineuses entre les six à neuf nervures secondaires plutôt droites qui en garnissent chacun des côtés; les surfaces inférieures sont plus pâles. Les feuilles situées vers l’extrémité des pousses longues sont néoformées et peuvent présenter des caractéristiques quelque peu différentes des feuilles préformées situées à la base des pousses longues et sur toutes les pousses courtes.
Les ramilles sont de deux types, longues et courtes. Les ramilles longues (pousses longues) deviennent brun jaunâtre à brun noir à l’automne et sont dotées de lenticelles pâles et de glandes résineuses verruqueuses. Leurs bourgeons sont tous des bourgeons latéraux (le dernier bourgeon est un bourgeon pseudoterminal), ovoïdes, à extrémité arrondie, bruns; ils présentent trois écailles imbriquées distinctement visibles. Les pousses courtes ne croissent que d’environ un millimètre et elles portent habituellement deux feuilles (et, plus tard, leurs cicatrices foliaires) et un bourgeon terminal ovoïde qui possède de cinq à sept écailles imbriquées. Chaque pousse courte produit habituellement une autre pousse courte, de sorte que, sur les segments branchiaux les plus vieux, on trouve fréquemment des axes constitués de plusieurs pousses courtes successives.
Les fleurs sont portées en chatons de deux types. Les chatons mâles sont préformés avant l’hiver sous forme de structures allongées, de 2 à 4 cm de longueur, et sont portés en groupes de deux à quatre étalés vers l’extérieur aux extrémités des pousses longues. Au printemps, lorsque les nouvelles feuilles commencent à croître, les chatons mâles s’allongent pour atteindre jusqu’à 10 cm et pendent mollement. Les fleurs ainsi déployées libèrent leur pollen dans l’atmosphère; puis les chatons mâles tombent de l’arbre. Les chatons femelles sont également préformés mais demeurent tout petits durant l’hiver, à l’intérieur des bourgeons terminaux des pousses courtes. Ils ne sont donc pas visibles jusqu’à ce qu’ils émergent au prin-temps. Leur élongation (de 15 à 40 mm) se produit au-delà des deux feuilles en croissance sur les pousses courtes. Les chatons femelles sont plutôt lâches durant la période de pollinisation. Après cette période, ils s’allongent (jusqu’à 3 à 5 cm) et s’épaississent tandis que leurs bractées croissent et que leurs fruits se développent (on trouve habituellement trois fruits dans l’aisselle de chaque bractée). Les chatons au stade de la fructification passent du vert au brun lorsqu’ils mûrissent à l’automne, et les bractées et les fruits tombent ensuite des axes de suspension des chatons. Chaque bractée plate possède trois lobes; celui du centre est plus long et à bords parallèles, tandis que les lobes latéraux sont avancés. Les trois lobes présentent une extrémité arrondie et des franges pubescentes. Chaque fruit est une noix dure, brune et ovoïde de 2 à 4 mm de longueur qui possède deux ailes plates brun pâle, plutôt ovales et latérales et, à leur sommet, deux stigmates bruns proéminents et pubescents d’une longueur de 1,5 à 2 mm (vestige d’une fleur). Chaque fruit peut contenir une graine.
L’écorce des jeunes arbres est luisante, brun rougeâtre; elle présente quelques plissements et est mouchetée de lenticelles horizontales brun pâle. Les vieilles écorces sont blanchâtres, avec habituelle- ment une nuance mauve rosâtre à bronze; elles résentent souvent une apparence de lambeaux en raison du décollement de petites portions autour du tronc qui forment des feuilles minces de couleur cuivrée sur leurs faces internes. L’écorce est marquée par de nombreuses lenticelles horizon-tales longues et liégeuses.
Remarques
Le bouleau à feuilles cordées n’a que ré-cemment été pleinement reconnu comme une espèce distincte du bouleau blanc (Betula papyrifera Marsh.). Les deux espèces étaient précédemment traitées comme une seule. Cela créait généralement un problème, car les deux espèces sont similaires du point de vue écologique et sylvicole. Il est probable que les peuples autochtones savaient les distinguer, car l’écorce du bouleau blanc a tendance à perdre des couches épaisses uniques (plutôt que de multiples feuilles minces) qui sont plus utiles pour le doublage des canots et la fabrication des ustensiles.
Les détails de la description devraient faciliter la distinction
du bouleau à feuilles cordées et du bouleau blanc
(ou du bouleau gris [Betula populifolia Marsh.] avec lequel
le bouleau blanc forme des hybrides). Les feuilles du bouleau blanc
tendent davantage à être de forme triangulaire, ou
arrondie que cordée à la base; l’inverse est
vrai pour le bouleau à feuilles cordées. Les feuilles
du bouleau blanc et du bouleau gris ne présentent pas de
petites pastilles résineuses, et celles du bouleau gris sont
luisantes sur leur surface supérieure et possèdent
une longue pointe effilée.
Les ramilles du bouleau blanc tendent à être pubescentes
à l’origine, mais elles perdent la plupart de leur
pilosité à l’automne. Elles ne possèdent
que des glandes résineuses verruqueuses ça et là.
Par contraste, les ramilles du bouleau gris sont grêles et
présentent beaucoup de glandes résineuses verruqueuses.
Les ramilles du bouleau à feuilles cordées présentent
ainsi des caractéristiques intermédiaires en ce qui
a trait aux glandes résineuses verruqueuses.
Durant l’hiver, les caractéristiques du houppier facilitent la distinction entre les trois espèces. Les branches du bouleau blanc ont tendance à être orientées plutôt vers le haut et l’extérieur, ce qui confère à l’arbre une apparence gracieuse. Les branches du bouleau à feuilles cordées ont une orientation plus horizontale. Celles du bouleau gris sont également orientées à l’horizontale, mais elles sont minces, plus nombreuses, et le houppier est relativement étroit. Lorsqu’on se rapproche, les chatons mâles à survie hiémale peuvent faciliter l’identification. Le bouleau gris en possède un ou, rarement, deux à l’extrémité des ramilles, tandis que le bouleau blanc en possède habituellement deux ou trois, rarement un ou quatre, et le bouleau à feuilles cordées, deux, trois et assez souvent quatre. Les chatons du bouleau gris sont beaucoup plus petits que ceux des deux autres espèces.
Les chatons au stade de la fructification, leurs bractées et leurs fruits sont également de bons moyens pour identifier les espèces. Les chatons du bouleau blanc et du bouleau à feuilles cordées sont de longueur similaire (3 à 5 cm), mais ceux du bouleau à feuilles cordées ont tendance à être plus larges et à ressembler davantage à des lambeaux car les bractées et leurs extrémités sont plus longues. Les chatons au stade de fructification du bouleau gris ne mesurent qu’environ 2 cm de longueur et sont plutôt uniformes et compacts. Les bractées du bouleau gris sont les plus petites, tandis que celles du bouleau à feuilles cordées sont les plus grandes. Elles présentent de longues extrémités, et les deux lobes latéraux sont situés à l’avant. L’extrémité de la bractée du bouleau gris est courte et pointue, et ses lobes latéraux sont orientés vers l’extérieur et un peu vers le bas. Les bractées du bouleau blanc possèdent des caractéristiques intermédiaires à celles des deux autres, avec une extrémité pointue et des lobes à extrémités arrondies de longueur presque égale, légèrement orientés vers l’avant s’il en est. Les fruits du bouleau à feuilles cordées sont les plus gros, et ils présentent les stigmates les plus proéminents à leur extrémité.
Le bois du bouleau à feuilles cordées est modérément dur, à pores diffus, de couleur blanche ou crème à brun pâle. Il possède une texture uniforme. Il peut être utilisé pour les ouvrages en bois, notamment pour les produits en bois tournés tels que les chevilles et les fuseaux.
Le bouleau à feuilles cordées est parfois touché par le dépérissement du bouleau qui peut entraîner la mort de l’arbre. On pense que le dépérissement du bouleau résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs qui stressent l’arbre à un moment donné. Le bouleau à feuilles cordées est sensible aux effets des dépôts acides dans les précipitations. Ce phénomène a été observé sur les bouleaux à feuilles cordées situés sous le banc de nuages de la baie de Fundy, où des brouillards souvent persistants transportent des charges considérables d’acide et d’autres matières.