Agrile du frêne
L’agrile du frêne a été détecté pour la première fois en Amérique du Nord en 2002, mais probablement qu’il serait arrivé sur le continent une dizaine d’années plus tôt. Ce coléoptère originaire de l’Asie s’est révélé hautement destructeur. Depuis son arrivée, il a détruit des millions de frênes et continue de se propager dans de nouvelles régions, causant des dommages économiques et écologiques considérables.
Les scientifiques du Service canadien des forêts (SCF) estiment que les coûts des traitements, d’enlèvement et de remplacement des arbres affectés par l’agrile du frêne dans les municipalités canadiennes peuvent atteindre 2 milliards de dollars sur une période de 30 ans. Les chercheurs du SCF sont en train d’étudier les impacts écologiques de la mortalité des frênes, y compris les impacts sur les organismes aquatiques, les oiseaux et la végétation du sous-bois.
Situation
L’agrile du frêne a été détecté pour la première fois au Canada en 2002, à Windsor, en Ontario. En 2005, il s’était répandu jusque dans les comtés de Essex et de Lambton et dans les municipalités de Chatam-Kent et de Dutton-Dunwich. En 2006, il a été détecté à London, en Ontario, et en 2007, il a été retrouvé dans de nouvelles zones de l’est jusqu’à Toronto. L’insecte a continué de se propager en Ontario, les zones infestées atteignant des régions au nord comme Sault Ste. Marie et, depuis 2011, aussi loin à l’est qu'Ottawa et les comtés de Prescott-Russell et de Leeds-Grenville. En 2013, le coléoptère a aussi été détecté dans le comté de Frontenac et sur l’île Manitoulin.
L’Agence canadienne d'inspection des aliments a confirmé en 2008 la présence de l’agrile du frêne en Montérégie, au Québec. En 2011, l’insecte a également été détecté à Gatineau et à Montréal, et en 2012 à Longueuil.
Toutes ces régions sont réglementées par des arrêtés ministériels fédéraux qui interdisent tout transport de produits en frêne qui pourraient avoir été contaminés et qui pourraient propager l’agrile du frêne. Plus d’information sur les règlements et une carte des superficies actuellement sous réglementation sont disponibles de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.
Facteurs déterminants
En Amérique du Nord, l’agrile du frêne a peu d’ennemis naturels importants et les espèces indigènes de frênes ont une résistance limitée contre ses attaques. Les recensements ont démontré que l’agrile du frêne endommage et tue les peuplements de frênes un an ou quatre après l’infestation. En général, six ans après le début de l’infestation, 99 % des frênes d’une terre à bois ont été tués. Cette mortalité élevée augmente la probabilité d’invasion de plantes envahissantes dans les forêts, en plus de poser un important défi aux agglomérations urbaines affectées.
Perspectives
On prévoit que l’aire infestée par l’agrile du frêne continuera de s’étendre, surtout par le transport de matériaux infestés comme le bois de chauffage. Il existe toujours de vastes zones contenant un grand nombre de peuplements de frênes qui n’ont pas encore été contaminées, cependant, l’impact devrait se faire sentir aussi dans ces zones au fur et à mesure que l’agrile commencera à les coloniser.
Les chercheurs du SCF sont en train d’examiner l’étendue (naturelle et assistée) de l’agrile du frêne de même que ses impacts sur ces paysages plus forestiers. De plus, les villes du Centre et de l’Ouest du Canada ont souvent une proportion élevée de frênes dans leur stock d’arbres et ces derniers seront fortement touchés lorsque l’agrile atteindra ces endroits.
Il est difficile de détecter l’agrile du frêne quand les populations sont faibles. La méthode du recensement visuel, la recherche de signes et de symptômes d’attaque, est souvent utilisée pour la détection des populations d’agrile du frêne. Toutefois, les signes et les symptômes ne sont pas toujours visibles au début d’une infestation.
Avec la collaboration des chercheurs de l’United States Department of Agriculture, les chercheurs du SCF ont conçu un piège à prisme dont la couleur vert feuille et la substance volatile qu’il contient permettent d’attirer et de capturer l’agrile. Le piège vert à prisme a été utilisé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments depuis 2010 et a permis de détecter de nouvelles infestations à l’extérieur des zones réglementées.
De plus, les chercheurs du SCF ont démontré que le mâle de l’agrile du frêne était attiré par une phéromone femelle. On a constaté que cette phéromone augmentait les taux de captures et de détections des pièges. Cette phéromone maintenant commercialisée en tant que substance attractive peut être utilisée en combinaison avec la substance volatile attractive vert feuille dans les pièges à prisme. Les chercheurs sont en train d’étudier la possibilité d’utiliser la phéromone pour désorienter les mâles et ainsi réduire les probabilités d’accouplement.
Les chercheurs du SCF de Sault Ste. Marie ont également conçu une nouvelle méthode de recensement qui consiste à prélever des échantillons de branches dans la cime des arbres hôtes. Cette méthode offre un taux élevé de détections des infestations asymptomatiques d’agrile du frêne et est utilisée par de nombreuses municipalités et par le groupe provincial de surveillance de la santé des forêts. Elle peut également être utilisée pour le suivi des résultats positifs des programmes de piégeage et de recensement et pour la détermination des arbres infestés et dans quelle mesure ils le sont.
Une autre étude a démontré le potentiel de la lutte biologique à long terme de l’agrile du frêne. Certains ennemis naturels, comme des parasitoïdes (parasites qui tuent leur hôte) et des champignons pathogènes des insectes, pourraient contribuer à réduire les populations d’agrile du frêne. Les chercheurs du SCF examinent les taux de mortalité causés par ces pathogènes et ces parasitoïdes dans le but de quantifier leur impact potentiel et de déterminer les méthodes pour augmenter ou diminuer leurs populations respectives.
Les chercheurs des États-Unis continuent d’étudier des parasitoïdes importés de Chine pour lutter contre l’agrile du frêne dans le cadre d’un programme de contrôle biologique. On a procédé à de nombreuses opérations de libération de trois espèces de parasitoïdes importées dans des endroits infestés par l’agrile du frêne dans tout le nord-est des États-Unis. Des populations de trois de ces parasitoïdes exotiques ont commencé à coloniser certains endroits. Des pétitions en faveur de l’importation et de la libération des trois parasitoïdes au Canada ont été soumises à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Si les pétitions portent fruit, les parasitoïdes seront libérées en 2013 à un emplacement déterminé en Ontario.
TreeAzinMC, élaboré à partir d’huile dérivée des graines de margousier (de la famille des Méliacées), a obtenu une homologation complète en 2012 comme insecticide systématique afin de protéger des frênes individuels de grandes valeurs et les frênes situés dans des zones de contamination isolées. Le Service canadien des forêts a conçu le produit en partenariat avec BioForest Technologies Inc. Maintenant offert sur le marché, TreeAzinMC est utilisé par de nombreuses municipalités et entreprises qui entretiennent des arbres comme un des outils de leur stratégie de gestion de l’agrile du frêne. Des chercheurs du SCF sont en train de mettre au point un modèle d’estimation des coûts et avantages économiques de diverses options d’aménagement.
Avec la collaboration de scientifiques des universités de Western Ontario et de Waterloo, des scientifiques du SCF essaient de comprendre la physiologie d’hivernation de l’agrile, sa distribution et son potentiel de survie dans le climat froid du Canada. L’instar d’hivernation de l’agrile du frêne — le prepupae — peut résister jusqu’à des températures minimums moyennes de –30 C grâce aux composés antigel dont la larve est dotée.
Par l’intermédiaire du Comité scientifique national sur l’agrile du frêne, les scientifiques du SCF soutiennent proactivement l’Agence canadienne d’inspection des aliments dans l’établissement d’une réglementation sensée basée sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles.
De plus, parce que la propagation par l’humain est un vecteur important de dispersion de l’agrile, les spécialistes du transfert de technologie et les scientifiques du SCF participent activement à fournir aux médias l’information scientifique appropriée de même qu’à faire connaître l’insecte au grand public et à des groupes ciblés tels que les parties prenantes, les forestiers et le techniciens forestiers des municipalités.