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Comme de nombreuses autres familles de la Colombie-Britannique, Michael Keefer et les siens ont respiré l’air enfumé, ont senti leur maison trembler lors du passage à intervalles de 10 minutes des camions-citernes à eau, ont entendu jour et nuit le vrombissement des moteurs des hélicoptères et des bombardiers à eau dans le ciel et se sont tenus prêts à évacuer dans l’heure leur résidence pendant d’interminables semaines l’an dernier. Ils habitent à 10 kilomètres du site de l’incendie du ruisseau Lamb Creek, qui a balayé 11 000 hectares de versants boisés, à 25 kilomètres au sud-ouest de Cranbrook — l’un des 28 incendies qui ont fait rage dans le sud-est de la Colombie-Britannique l’été dernier.
Malgré l’anxiété et l’inconfort, l’ethnobotaniste à l’emploi du Conseil du traité Ktunaxa-Kinbasket souligne que : « Les gens comme moi se frottaient les mains à la pensée de tous les champignons qui feraient leur apparition.»
M. Keefer fait référence aux morilles, une espèce de champignon savoureuse et recherchée qui émerge des cendres des forêts détruites par le feu. « Nous ne savions pas combien il y en aurait ni où les morilles surgiraient, mais nous étions certains qu’ils feraient leur apparition – tout comme les cueilleurs.»
Quiconque se promène maintenant dans le brûlé ne manquera sûrement pas de rencontrer un promeneur portant un seau de champignons. « Dans le seul secteur du ruisseau Lamb Creek, on peut apercevoir chaque jour au moins 50 cueilleurs, souligne M. Keefer. Il y a aussi le brûlé de Plumbob et celui de White River–Middle Fork …. Les morilles du secteur pourraient rapporter gros.»
M. Keefer participe à une étude qui réunit le Conseil du traité Ktunaxa-Kinbasket et des chercheurs du Service canadien des forêts et du Centre for Non-Timber Forest Resources de la Royal Roads University. Cette étude a pour objectif d’évaluer les retombées des produits forestiers non ligneux, comme les morilles, sur les collectivités locales ainsi que les interaction entre l’offre et la demande pour ces ressources.
Les chercheurs tenteront également de définir les associations végétales nécessaires à la croissance et à la survie des morilles, ce qui les aidera à mieux comprendre l’écologie et la biologie des morilles. L’association entre les morilles et le feu est bien documentée, mais, selon Richard Winder, un scientifique du Centre de foresterie du Pacifique qui collabore au projet avec M. Keefer, « Des morilles ne se développent pas dans tous les brûlés ni partout dans un même brûlé. Même s’ils sont surtout présents dans de tels sites, ils se retrouvent aussi dans d’autres endroits. Nous aimerions déterminer quelles sont les conditions ou les espèces végétales qui permettent la prolifération des morilles dans un endroit donné.»
L’offre de morilles est inégale en raison de la dépendance à l’égard des incendies de forêt. La récolte de morilles est exceptionnelle le printemps suivant un incendie, puis décroît rapidement au cours des années ultérieures.
« La demande a tendance à suivre l’offre, dit M. Winder. Il y a beaucoup de brûlés, et l’offre de morilles augmente, ce qui répond à la demande actuelle et fait baisser les prix mais a aussi pour effet de stimuler la demande et d’en créer une additionnelle. Puis l’offre diminue, et la demande finit par revenir à la normale. Il est difficile d’implanter une industrie durable dans de telles conditions.»
Selon M. Keefer, les cueilleurs récoltent cette année jusqu’à 40 ou 50 livres de morilles sauvages par personne par jour dans le secteur de Cranbrook. Les prix versés aux cueilleurs par les postes d’achat de la région fluctuent. En raison du grand nombre d’incendies de forêt survenus l’an dernier, les prix sont relativement bas et variaient de 3 à 7 $ la livre en mai (en espèces). Un volet du projet consiste à déterminer d’où proviennent les cueilleurs et les acheteurs et la part de leur revenu annuel qu’ils tirent de la récolte de champignons et d’autres produits forestiers non ligneux. Puisque la majeure partie des transactions entre les cueilleurs et les acheteurs ne sont pas documentées, rares sont les cueilleurs et les acheteurs capables de fournir des chiffres précis. Or, cette information est capitale si l’on veut que la communauté, l’industrie forestière et la réglementation provinciale intègrent les produits forestiers non ligneux à sa gamme de produits.
« Les produits forestiers non ligneux ont généralement fait l’objet de très peu de recherches et, en ce qui concerne les morilles, le besoin d’information est criant, souligne M. Keefer. Vous entendez beaucoup de choses et vous voyez des chiffres, mais il y a beaucoup à faire pour les vérifier.»
Selon M. Keefer, nombre de cueilleurs sont des résidants locaux, mais certains viennent de l’Alberta ou de la Saskatchewan et d’autres de la côte nord de la Colombie-Britannique. « Ce sont généralement des cueilleurs professionnels. Après la récolte de morilles du printemps, certains cueillent des petits fruits sauvages et des bolets durant l’été, puis des tricholomes des pins et d’autres espèces durant l’automne, tandis qu’ils cueillent souvent du salal ou de grosses branches pour les fleuristes pendant l’hiver. »