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Par Sarah Seinen
Pour les gens qui habitent ou qui travaillent en terrain boisé ou qui s'adonnent à des activités de plein air en forêt, des mesures de précaution s'imposent contre les risques d'incendie et le danger d'être étouffé par la fumée ou piégé par le feu.
Que doit-on faire quand on est pris dans un feu de forêt ? La question est posée par Dr Marty Alexander, chercheur principal (comportement des incendies), Service canadien des forêts (Ressources naturelles Canada), Edmonton.
Courir, dit-il ! Combien loin, demande-t-il ? Aussi loin qu'il le faut pour ne pas être brûlé vif, répond-il !
« On estime par exemple qu'il faut de 6 à 7 minutes pour qu'un pompier qui essaie de fuir les flammes soit gagné par la fumée. Le problème n'est pas la vitesse à laquelle on peut courir, mais plutôt le temps pendant lequel on peut durer, explique M. Alexander. Car dans un incendie en pleine force, même l'individu le mieux entraîné ne pourra maintenir un rythme suffisant, ne serait-ce que pour une courte durée, sans être bientôt gagné par les flammes. »
Trouver refuge en lieu sûr, à l'abri des flammes, est l'une des trois règles de survie exposées par M. Alexander dans le chapitre de Wilderness Medicine (5e édition) qu'il a consacré aux dangers à éviter et aux consignes de sécurité à observer lors d'un feu de forêt. Cet ouvrage de référence américain devrait paraître au printemps. M. Alexander a exposé sa théorie lors d'une allocution qu'il a donnée à la 5e Conférence internationale sur la recherche en matière de feux de forêts, qui s'est tenue au Portugal fin novembre 2006.
Selon lui, si la distance à parcourir n'est pas trop grande, que l'on est en bonne forme physique et qu'on a une bonne visibilité, on peut espérer s'en tirer en courant; mais s'il faut courir plus longtemps et que le terrain monte, mieux vaut penser à une autre solution.
Par exemple, si la végétation est suffisamment sèche et qu'on a le temps, un moyen efficace consiste à dégager une aire de refuge en faisant un feu d'herbe. Mais encore faut-il avoir des allumettes ou un autre moyen de faire du feu (à l'épreuve du vent si possible).
Plus l'aire dégagée est grande, mieux c'est, explique M. Alexander. En terrain herbeux, une superficie de la grandeur d'une salle de conférence fera l'affaire, mais en site forestier, il faut une aire de dégagement beaucoup plus importante.
Une autre technique de survie consiste à se mettre à plat contre le sol, face contre terre pour éviter d'être asphyxié par la fumée.
« Restez ainsi aussi longtemps que possible. Si vous vous relevez trop tôt, vous risquez d'être anéanti par la chaleur intense qui irradie des flammes et/ou par l'inhalation d'air brûlant », explique-t-il.
Si vous optez pour la deuxième solution, protégez-vous la peau avec des vêtements ou des matières ininflammables. D'où l'importance, précise-t-il, de porter des vêtements en fibres naturelles (laine, coton). Les vêtements (et sous-vêtements) en matière synthétique ont tendance à se fondre à la chaleur. Comme on a généralement le réflexe de se protéger le visage et le cou avec les mains, les gants en cuir sont peut-être l'article le plus utile qu'on puisse avoir en pareil cas.
Parfois, la meilleure solution consiste à franchir les flammes pour gagner la partie déjà brûlée.
M. Alexander cite le cas d'une opération de feu dirigé dans le centre-nord de l'Ontario où les sapeurs se sont soudainement retrouvés encerclés par les flammes. L'un d'eux, réalisant que la seule solution consistait à traverser les flammes pour atteindre le terrain brûlé, essaya de persuader sept employés saisonniers de le suivre. Leur réticence fut leur perte : ils furent bientôt engouffrés par la conflagration alors que leur compagnon réussit à s'échapper, quoique au prix de sérieuses brûlures.
Les quatre moyens de survie dont on dispose en cas d'incendie n'ont pas d'ordre particulier, explique-t-il. L'important est de garder son sang-froid et de ne pas céder à la panique. »
La taille de l'incendie, le type d'environnement en présence, la taille et l'emplacement des aires de refuge éventuelles, le comportement particulier des flammes et l'endroit où l'on se trouve par rapport au front de l'incendie sont autant de facteurs qui dicteront la conduite à tenir. Chacune a ses avantages et ses inconvénients.
La Stratégie canadienne en matière de feux de forêt (2005), commandée par le Conseil canadien des ministres des forêts, donne la priorité à la sécurité des personnes — notamment à la sécurité des sapeurs pompiers. Depuis 1980, quelque 8 600 feux ont causé la destruction d'environ 2,5 millions d'hectares de terrain. Les feux de forêts sont un danger constant pour les Canadiens, avec en moyenne plus de 20 collectivités touchées par année, pour 70 000 personnes sinistrées. Et tout indique que la tendance pourrait s'accentuer. En se rappelant les quatre grandes règles de survie énoncées plus haut, on a une chance de survivre si jamais on est pris dans un incendie de forêt.
Pour plus de renseignements, veuillez contacter Martin Alexander